Renforcer la résilience des communautés à l’Est de la RDC : des actions concrètes, un impact durable

Le projet « Plan de Réponse à la Crise à l’Est de la RDC », piloté par la Commission Diocésaine Justice et Paix (CDJP-Bukavu) avec l’appui technique du PNUD et le financement de la République de Corée, s’inscrit dans une approche intégrée de stabilisation communautaire. Opérant sur l’axe stratégique Uvira-Luvungi, cette intervention multisectorielle vise à renforcer durablement la résilience de 1 000 ménages affectés par des chocs itératifs. En ciblant prioritairement les Personnes Déplacées Internes (PDI), les retournés et les communautés d’accueil, le projet répond à l’urgence de l’insécurité alimentaire tout en jetant les bases d’un relèvement socio-économique pérenne dans un environnement post-conflit fragile.

L’architecture programmatique repose sur un triptyque opérationnel cohérent, aligné sur les piliers du développement durable. Cette approche articule l’autonomisation productive via les Activités Génératrices de Revenus (AGR), l’inclusion financière à travers le renforcement des structures de microfinance locale, et la consolidation de la cohésion sociale par des mécanismes de solidarité de proximité. Cette suite d’interventions permet de traiter simultanément les causes structurelles de la pauvreté et les symptômes immédiats de la crise sécuritaire, garantissant ainsi un impact multidimensionnel sur le terrain.

La phase initiale de (octobre – décembre 2025) a été dédiée au diagnostic stratégique et au lancement technique des opérations. Malgré un contexte sécuritaire volatil, les équipes ont réalisé des évaluations socio-économiques rigoureuses pour établir une ligne de base (Baseline) précise. Ce processus de profilage a permis d’identifier des filières économiques à forte valeur ajoutée, telles que le commerce de produits de première nécessité et l’agriculture à cycle court, tout en assurant une mise à jour dynamique des listes de bénéficiaires pour refléter les flux migratoires récents.

Au cours du premier trimestre 2026, le volet Renforcement des Capacités a connu une accélération notable grâce à l’application de la méthodologie pédagogique GERME (Gérez Mieux votre Entreprise). Adaptée en Swahili pour garantir une appropriation locale maximale, cette formation a permis aux membres des structures AVEC/MUSO d’acquérir des compétences critiques en gestion financière et en marketing de proximité. Cette étape de capitalisation intellectuelle est le garant de la transformation effective de l’épargne mobilisée en investissements productifs durables.

L’autonomisation économique a franchi un seuil décisif avec la dotation de 400 ménages en kits AGR spécialisés. Chaque dotation, composée d’un investissement matériel et d’un fonds de roulement, a été conçue pour la redynamisation des micro-entreprises locales. Cette injection de capital ne se limite pas à un appui ponctuel ; elle stimule activement la dynamique de crédit au sein des groupes d’épargne, créant un effet de levier financier qui renforce la résilience des ménages face aux fluctuations des marchés locaux.

Le projet place la transversalité du genre et la protection des vulnérables au cœur de son action. Avec un taux de participation féminine de 65 %, l’intervention contribue directement à la réduction des inégalités structurelles. Une attention spécifique a été accordée à l’intégration de 23 femmes survivantes de violences basées sur le genre (VBG), préalablement prises en charge par les services de protection. En facilitant leur autonomie financière, le projet participe à leur réintégration sociale et à la restauration de leur dignité au sein de la communauté.

Le volet « Argent contre Travail » a fourni une réponse d’urgence agile en générant des emplois temporaires pour 450 ménages. Fondée sur l’approche HIMO (Haute Intensité de Main-d’œuvre), cette composante a permis la réhabilitation de 12 km de routes stratégiques, notamment l’axe Itara-Ndolera à Luvungi ainsi que les voies d’accès critiques à Uvira : Route Espoir et celle menant vers les cimetières. Ces travaux de génie civil léger sont essentiels pour le désenclavement des zones de production et la fluidification des échanges commerciaux, leviers indispensables à la relance économique régionale.

L’intégration de la dimension environnementale, à travers la plantation de 2000 arbres fruitiers le long des axes réhabilités, illustre l’engagement du projet en faveur d’une infrastructure verte, portée par les agriculteurs accompagnés dans le cadre du programme. Ce reboisement stratégique assure non seulement la stabilisation des sols contre l’érosion hydrique, mais constitue également une réserve alimentaire et une source de revenus futurs pour les populations riveraines. Ce chantier communautaire agi comme un puissant vecteur de dialogue intercommunautaire, atténuant les tensions sociales par le travail collectif.

L’analyse des leçons apprises à ce stade souligne que l’approche inclusive et participative est le moteur principal de la stabilité sociale. Toutefois, des défis persistants subsistants, notamment le faible taux d’alphabétisation fonctionnelle chez certains bénéficiaires et la pression constante des besoins de subsistance immédiats sur le capital de roulement. Ces constats imposent un suivi de proximité rigoureux et un accompagnement technique continu pour éviter la décapitalisation des micro-entreprises et garantir la pérennité des acquis du projet.

L’objectif final reste la transition vers une autonomie totale des bénéficiaires, transformant une population assistée en acteurs économiques résilients, capables de porter durablement le développement de la province du Sud-Kivu.