« Vous n’aimez pas votre patrie !». Qui le ferra à votre place ?

En promenant son micro dans les rues de Bukavu, Flash est tombé sur un auditoire d’expatriés, mais africains. Ils savouraient notre belle musique assaisonnée de poisson grillé très frais du lac Kivu. Ils tombaient en admiration de tout ce qu’ils voyaient et disaient sincèrement qu’ils n’ont jamais rien trouvé de pareil ailleurs en Afrique : un peuple pacifique, non belliqueux ; un climat doux et généreux, une hospitalité légendaire, un pays aux potentialités inouïes et aux chances variées ; mais qui ressemble à un paradis où les saints meurent de faim et de soif. Voilà le contraste. Flash leur a frontalement posé la question sur l’explication qu’ils donnaient à ce contraste ; et la réponse a été spontanée et radicale: « Vous n’aimez pas votre patrie. Si vous aimiez vraiment votre pays, vous seriez différents dans la gestion de la chose publique. Tout le monde vous envie. Le saviez-vous? » Un verdict très glaçant et sans appel, mais très interpellateur !

Eh bien, parlons-en. Et d’abord des faits. Il existait autrefois ici en ville de Bukavu des marchés dits de « Tubimbi », de « Bunyakiri », de « Birava–Idjwi », qui fournissaient aux habitants de la bonne nourriture. Ces marchés ont petit à petit été ignorés, supprimés ; peut-être même que les vendeurs ont été découragés à cause des taxes élevées prélevées sur eux; un système qui profite en définitive aux marchés des autres. On préfère franchir les frontières pour aller payer doublement les produits de chez nous chez eux. N’est-ce pas une manière de nous suicider ? Au lieu de payer nos taxes ici et consommer naturel et local, on préfère enrichir les autres. Qui peut s’imaginer qu’une bouteille d’eau produite localement coute plus cher qu’un litre d’essence qui nous arrive après avoir traversé plus de cinq pays? Pourquoi arrive-t-on à importer les citrons, les feuilles de manioc, les beignets? On voit des expatriés exceller dans la boulangerie ou la vente des œufs. Est-ce leur travail? Tout le monde voit, nos dirigeants en premier et personne n’ose se demander pourquoi et jusqu’à quand ? Nous délocalisons nos comptes bancaires, nous exportons frauduleusement nos matières premières… La réponse est simple : nous n’aimons pas notre patrie. Les générations futures seront très sévères envers nous ; et devant le tribunal de l’histoire, nous n’aurons pas raison d’avoir bradé notre souveraineté économique.

Bukavu est très souvent dans le noir alors que le courant produit ici éclaire les routes et les forêts chez autrui. Est-ce une mafia locale des vendeurs des carburants ou des groupes électrogènes ou tout simplement une négligence coupable ? Qui nous oblige à survivre au lieu de vivre? La réponse est toujours la même et pire : « les gens sont devenus à l’aise avec des situations révoltantes et non légales ». Même l’émotionnel a été frappé d’anesthésie. A quoi servirait d’ailleurs un acharnement thérapeutique sur des patients insensé et qui dorlotent leurs maux ?

Partout on installe des petites pharmacies de fortune, des petits restaurants dans les rues, des écoles non viables d’où sortent des têtes inachevées, des petites églises qui manipulent la misère et forcent l’aumône, des taxateurs qui rançonnent avec des documents douteux et qui vous exigent de payer des invisibles. Et on s’étonne que des maladies jadis inconnues ici fauchent sans pitié jeunes et vieux ! Des petites collines d’immondices poussent comme des champignons dans toutes les communes et dégagent des odeurs nauséabondes et parfois leur dernier dortoir est le lac. Les responsables directs et indirects sont de chez nous. Ils parlent notre langue et partagent nos propres réalités. Ils sont nés ci. Inutiles de s’en prendre aux étrangers. On doit s’assumer. Sans remords ni trouble au visage, tout le monde trouve cela normal. Et la cause est simple : nous n’aimons pas chez nous. Nous n’avons pas cet orgueil positif de briller dans l’excellence. Nous naviguons à vue.

Des gens coupent des arbres sans scrupules, détruisent l’environnement à vue d’œil, bouffent même les animaux protégés quand ils ne les ont pas vendus aux premiers prédateurs, préfèrent corrompre au lieu d’exiger des services dus ou même mendier au lieu de travailler. Ils consomment sans produire, envient celui qui gagne sa vie à la sueur de son front sans l’imiter, s’adonnent à la magie pour gagner vite sans effort…. Voir, tolérer, s’accommoder à tout cela, n’est-ce pas une preuve manifeste que nous n’aimons pas la « Patrie » ? Jeunes générations, on doit se ressaisir car là où certains ont lamentablement échoué, une lueur d’espoir est possible.

Ailleurs tout changement démocratique est une chance, mais ici et un peu partout en Afrique, ceux-là mêmes qui prêchent l’alternance veulent être investis à vie dans leurs partis politiques ne tolérant jamais des primaires. Ils s’appellent « autorité morale ». Ils installent des estropiés politiques dans la gestion des institutions publiques et hissent leurs femmes et enfants au rang des suppléants ou alors ils le recommandent vivement comme mandataires dans les services régaliens de l’Etat. Et on s’étonne qu’on marche sur place en transpirant comme à l’école gardienne. . Ils caressent la honte et croient se mettre à l’abri des poursuites judiciaires en agrandissant leur empire. Et pourtant personne ne dort sur deux lits dans deux maisons en même temps. Est-ce vraiment pour l’amour de la Patrie qu’ils amassent tant de richesses qu’ils préfèrent d’ailleurs souvent cacher à l’étranger? On meurt d’indigestion quand d’autres crèvent de marasme. On pérennise ainsi dans des hémicycles un système féodal qu’on croyait révolu. On devient la risée de tout le monde et la réponse est claire : nous n’aimons pas notre Patrie. Nous n’aimons pas notre Afrique ! Nous ne nous aimons pas.

Pire encore, on dirait que certains ne sont plus fiers de leur drapeau. Ils passent des journées entières à critiquer et vilipender leurs institutions et leurs dirigeants. Les réseaux sociaux nous donné du travail à plusieurs Tout cela par manque d’estime de soi et de respect de nos idiomes traditionnels. On s’insurge contre l’impérialisme et les vieux colons toujours pointés comme des géniteurs éternels de nos maux alors que nous finançons la construction de leurs métropoles et nous remplissons leurs banques des biens pillés et spoliés chez nous. Et le lendemain, on est humilié en voulant emprunter de ce qui, de droit, nous reviendrait. Tout cela parce que nous n’aimons pas notre patrie.

Oui, inutile de nous plaindre ; et de blâmer les autres. La cause de notre malheur, c’est bien nous-mêmes. Et pas certains, mais nous tous. Nous avons tous péché contre l’amour dû à notre pays ; a notre Afrique, les uns par action, et les autres par inaction. Un peuple qui voit et tolère l’injustice n’est pas victime mais complice. Et on connait le principe de droit : Le complice est puni de la même peine que l’auteur. Peuples d’Afrique ! Il est temps de nous réveiller. Demain sera trop tard.

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