« Qu’avez-vous fait de mon pays pour lequel je suis mort ? »

Voilà une interrogation au cœur de l’homélie prononcée par Son Excellence Monseigneur François Xavier Maroy, Archevêque de Bukavu à l’occasion de la célébration du 57ème anniversaire de l’assassinat de Patrice Emery Lumumba par « des ennemis de notre peuple et de la paix ».   Les responsabilités sont partagées au regard du niveau de délabrement dans lequel on se trouve.  Si on se rappelle, dit le prélat, qu’en 1960 nous étions le 2ème pays d’Afrique  au sujet du niveau de vie élevé.  Aujourd’hui il faut lire jusqu’à la fin de chaque classification  pour retrouver le Congo.  Le 16 janvier dans la même Cathédrale, on célébrait le 17ème anniversaire de l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, un homme qui a su forcer l’admiration de plus d’un Congolais par sa bravoure et ses efforts pour assainir la gestion de la chose publique.   Et si ces deux héros de notre indépendance retournaient vivants dans ce pays ?  Sûrement qu’ils fulmineraient d’une sainte colère et distribueraient des gifles à nous tous ; mais probablement certains de leurs fils et filles en recevraient un peu plus que d’autres.

C’est exactement ce malheur de naviguer à vue et de placer au bon endroit des personnes incapables depuis plusieurs années qui nous a fait rater le train de développement alors que d’autres pays d’Afrique ont vite décollé.  Ce manque de vision et d’amour pour cette patrie nous font gravement souffrir et la lettre de Lumumba à sa femme se lit encore aujourd’hui avec les larmes aux yeux et la honte au visage : « Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte.  C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir.  Mais ma foi restera inébranlable.  Je sais et je sens au fond de moi-même que  tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se livrera comme un seul pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur ».

Patrice Emery Lumumba n’a pas seulement écrit à sa femme mais aussi à ses enfants que nous sommes car il est désormais l’un de nos pères de l’indépendance : « A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux comme il attend de chaque congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.  Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrées ».

Il devait mourir cet homme et s’il revenait aujourd’hui il ne vivrait même pas un seul  jour. Son testament  déchire le cœur et les oreilles.  « L’histoire dira un jour son mot »  mais ce n’est pas l’histoire des maisons brûlées, des femmes violées, des enfants de la rue, de nos élus assoiffés de l’avoir et du pouvoir, de nos jeunes sans boussole à la remorque d’une mondialisation qui risque de les avaler sans pitié, de nous tous et toutes finalement accommodés à nous lamenter et à croire que ce pays pourra se construire pour nous sans nous ou pire à distribuer des cartons rouges fabriquant un dualisme d’un pays divisé entre les bons et les méchants comme si certains étaient innocents…

Nous sommes devenus la risée de tout le monde et nos richesses au lieu de rebâtir  notre patrie, fabriquent le bonheur des autres à cause d’une gestion franchement chaotique de la chose publique,  une gestion qui a érigé l’arrangement à l’amiable en mode de gestion en confiant nos banques et nos unités de production à certaines personnes aux convictions malhonnêtes et à la moralité très douteuse.

Fêter nos héros de l’indépendance, c’est avoir le courage de revisiter notre histoire et de prendre une décision de nous ressaisir sans préjugés ni partis pris mais de manière cohérente ayant une boussole claire de notre  agir et d’avoir des ambitions à la hauteur de ce que nous sommes : un géant au cœur de l’Afrique.

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