Prix Nobel de la paix Dénis MUKWEGE, mémoire et espoir d’une nation

Le premier prix Nobel a été remis en 1901. Depuis, les prix sont décernés tous les ans, au mois d’octobre. C’est un prix suédo-norvégien. Si la décision revient à différents organismes selon le prix (Académie royale des sciences de Suède, Institut Karolinska, Parlement norvégien…), les récompenses sont remises par le roi de Suède, excepté le Nobel de la paix, remis par le roi de Norvège. En effet, la Suède et la Norvège relevaient en 1901 de la même Couronne avant le divorce de ces deux pays en 1905. Du fait de cette séparation, un arrangement fut trouvé concernant les prix Nobel et la Norvège hérita de celui de la Paix.

Le prix de l’année peut être partagé entre deux, voire trois personnalités ou institutions ayant rendu de grands services à l’humanité par la voie diplomatique. Un détail insolite révèle que Nobel, créateur d’un prix pour la paix, était fabricant d’armes et inventeur de la dynamite ! Il semblerait que l’homme ait voulu donner une meilleure image de lui après sa mort.

Chaque année, sur plusieurs centaines de propositions, 199 sont gardées avant qu’une série préalable de candidatures ne soit soumise aux jurés du prix qui établissent au printemps une liste finale de cinq noms ou groupe de noms et structures liés par une même action diplomatique. Le ou les lauréats sont élus après débats, discussions et votes clos en octobre. Leur identité est révélée lors d’une conférence de presse officielle dans la vieille ville d’Oslo.

Le Prix Nobel de la Paix a été décerné au Prof Dr Dénis Mukwege le 5 Octobre 2018 à un moment particulier de l’histoire sociopolitique de la République Démocratique du Congo. Un moment marqué par des interrogations sur les fléaux qui fissurent la nation et la nécessité de la refondation d’un Etat pour une société prospère. Cela en vue de donner un espoir aux peuples congolais, particulièrement la femme et les enfants, victimes potentielles de la barbarie  humaine.  

Vu sous cet angle culturel de  la symbolique (Bourdieu) et de l’historicité (Touraine), le Prix Nobel Dr  Dénis Mukwege représente pour les Congolaises et Congolais  un double symbolique : sociohistorique : appropriation de l’histoire d’une part  et  l’actuel et le futur : autodétermination d’autre part. Sur le plan juridique, le Prix Nobel Dr Dénis Mukwege s’annonce comme une reconnaissance universelle des affres subies par les populations congolaises. Les victimes des multiples violations des droits humains disposent désormais d’une base pour solliciter la responsabilisation, la réparation et la garantie de non répétition. 

I. Symbolique historique : reconnaissance d’un  » génocide  » oublié

« L’histoire s’écrit et se réécrit comme un livre. Elle est faite de mémoire et d’intuition » dit Jacques Attali. En effet, la RDC se trouve aujourd’hui à un tournant historique particulier qui cumule les années de faillite de l’Etat, la déflagration  des espoirs placés dans l’élan « démocratique » débuté en 2006. Les ruptures et discontinuités  historiques ont suffisamment déséquilibré la Nation congolaise dont les indicateurs de développement sont paradoxalement parmi  les plus bas au monde.

En effet, La R.D. Congo traverse depuis plus deux décennies des guerres et des  conflits  récurrents avec des conséquences multiformes [ 6 M des morts (International rescuecommitee, IRC, 2006 & ONU, 2010); 3,8 M de déplacés internes ( OSDI,2016); Indice de développement humain faible ( 0, 464 en 2015, soit 176èmesur 188 pays): pauvreté avec un taux de 71,3% ,  mal nutrition surtout chez les enfants de – 5 ans , inégalité d’accès aux soins de santé , etc. ( Rapports EDS 2007, 2014); viols et violences faites aux filles et aux femmes. Face à l’ampleur des problèmes, les réponses sociétales sont inadéquates et insuffisantes ; ce qui plonge les individus et les communautés dans une vulnérabilité tragique.

Le prix Nobel Dr Dénis Mukwege est un rappel de cette longue période  de marche dans le désert. Il nous invite à écrire sans complaisance notre histoire, à assumer les erreurs individuelles et collectives qui ont inhibé les capacités de création d’une Nation prospère. Il n’est donc pas question de nier notre histoire car, selon Marx «  Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre. »

Laissons la parole à deux personnes avisées KAGANDA MULUME-ODERHWA Philippe et NYALUMA MULAGANO Arnold qui nous renseignent : «  Primé pour son action de lutte contre les violences sexuelles et les violations graves et systématiques des droits humains, le Dr Mukwege permet ainsi une reconnaissance universelle de ce  » génocide  » oublié. En effet, les affres subies par les congolaises et les congolais ces dernières décennies s’apparentent à la Shoa, au génocide rwandais, au génocide dans l’ex-Yougoslavie …  Certaines ONG ont essayé d’alerter l’humanité sur ce drame. Le rapport mapping des Nations Unies a répertorié une partie de ces crimes sans révéler les auteurs.

Le Prix Nobel Dr Dénis Mukwege vient de briser le mutisme, mieux le silence complice des autorités congolaises et des puissances internationales sur cette tragédie la plus longue et la plus meurtrière de l’histoire contemporaine de l’humanité.

II Symbolique de l’autodétermination : responsabilisation, réparation et non répétition

Le Dr Dénis Mukwege est le symbole de la détermination  et de l’engament pour l’intérêt collectif tel que renseigné par la description de son personnage  et de son  combat  pour la dignité humaine et particulièrement la dignité de la femme. Point n’est besoin de revenir sur le travail qu’il fait et qui a été couronné par nombreux prix et reconnaissances jusqu’au point culminant du Prix Nobel de la paix brillamment analysé par le Prof Norbert.

Le Prix Nobel Dénis Mukwege construit un nouvel espoir pour le peuple congolais. Il est une déconstruction symbolique d’une fatalité sociétale, et invite à une autodétermination pour la transformation profonde de la société congolaise. Par sa nouvelle identité de Nobel, le Peuple congolais  n’a pas d’autre choix que  s’inscrire dans le combat pour la liberté, la démocratie, la justice et le développement qui sont les points  d’ancrage de la vision du Nobel Dr Dénis Mukwege.  Sauver la Nation en péril est  une mission collective car pour le  Dr Martin Luther King «  il arrive le temps lorsque le silence devient une trahison ». Et le Nobel  Dr Dénis de prévenir les congolaises et congolais « Personne ne dira qu’il n’a pas été averti ».

Le prix Nobel Dénis Mukwege est une source d’énergie  individuelle et collective pour un Etat de droit démocratique qui garantit à toutes les congolaises et tous les congolais la dignité et  le bien-être.  C’est une fierté collective, une nouvelle référence identitaire.

Le Dr Dénis Mukwege est ainsi un symbole vivant du combat de Patrice Emery Lumumba qui pour qui  » sans dignité il n’y a de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité « .

Le Prix Nobel Dr Dénis Mukwege, nous interpelle sur le testament de Mgr Christophe Munzihirwa,  » La paix véritable a ses exigences : elle ne peut pas être une solution facile, une démission ou un parti pris de vouloir à tout prix éviter les tensions nécessaires afin qu’elle se fortifie (…) La paix qu’il (Jésus) nous laisse est un levain, une espérance et non pas un repos dans la tranquillité « .

Pour ce faire, chaque congolaise, chaque congolais et chaque personne qui croit en la dignité humaine se doit d’œuvrer pour la responsabilisation du fait de ces violations graves des droits humains. Pour conjurer le péril de la nation congolaise, il est temps d’identifier les auteurs. Dans la suite de la pensée de Hannah Arendt,  la désignation de l’agresseur est la première phase dans la restauration de la dignité de la victime. Invitation est faite ici aux Nations Unies de déceler le pli caché du rapport mapping et de désigner sans ambages les auteurs identifiés. Le même appel est lancé à l’endroit de tous pour documenter et/ou conserver les preuves. A l’instar de la shoa ou du génocide rwandais, chaque  » citoyen du monde  » a le devoir d’agir.

Le second devoir est la réparation. Le Prix Nobel Dr Dénis Mukwege interpelle la conscience de l’humanité entière sur la réparation des préjudices subis par les victimes et leurs communautés. Les auteurs mais également les institutions et les hommes de bonne volonté ne devraient quitter leur torpeur pour  » un fonds mondial de réparation en faveur des victimes des violences sexuelles et autres violations graves des droits humains en RDC  » .

Pour s’assurer que les actes aussi ignobles ne se répètent plus jamais,  à l’instar d’autres pays qui ont connu la même histoire, le peuple congolais réclame justice. Pour ce combat, nous avons désormais un porte parle attitré.

C’est à ce prix que ce prix remis au peuple congolais par le Prix Nobel Dr Dénis Mukwege produira de fruits dans notre vécu quotidien.  C’est ainsi que nous serons véritablement nobélisés ». 

On peut ne pas apprécier  le Dr Denis Mukwege en disant à tort ou à raison qu’il est plutôt très lié à sa famille religieuse ou à son petit clan, qu’il s’ingère un peu trop dans les histoires politiques qu’il maitrise moins au lieu de se consacrer à son travail de « réparateur des femmes » mais personne ne peut ignorer cette voix qui a dénoncé haut et fort dans une constance remarquable un mal qui a frappé sa communauté et pointé du doigt ses auteurs. Le tribunal de l’histoire lui rendra justice et les générations futures s’en souviendront !

Soyez le premier parmi vos amis
  • 54
  •  
  •   
  •   
  •  
  •  
    54
    Shares

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *