Plaidoyer de la CENCO auprès de Son Excellence Monsieur Edgar LUNGU, Président de la Zambie et Chairman de la Troïka de la SADEC sur la Politique, la Sécurité et la Défense

INTRODUCTION

Nous, Evêques membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), en tant que parrains de l’Accord de la Saint-sylvestre (Accord du 31 décembre 2016), sommes préoccupés par l’état actuel du processus électoral de notre pays.

Nous sommes convaincus que, seules les élections crédibles, transparentes, inclusives et apaisées constituent la solution et l’unique voie de sortie pacifique de la crise socio-politique que traverse notre pays depuis 2016.

Considérant l’importance et le rôle de la SADEC dans la sous-région, nous voulons partager avec vous, en tant que Chairman de la Troïka de la SADEC sur la Politique, la Sécurité et la Défense, nos préoccupations concernant l’évaluation du processus électoral en République Démocratique du Congo dans la conviction qu’avec vos collègues de la SADEC, vous pouvez aider le Peuple congolais à sortir de cette crise et à gagner le pari de l’organisation des bonnes élections crédibles, transparentes, inclusives et apaisées, le 23 décembre 2018.

POINTS POSITIFS

  1. L’existence d’un fichier électoral audité;
  2. Le respect des dates clé du calendrier électoral ;
  3. La publication des listes provisoires des candidats à l’élection des députés provinciaux;
  4. La publication des listes provisoires des candidats à l’élection des députés nationaux ;
  5. La publication des listes provisoires des candidats à l’électionprésidentielle;
  6. La désignation du candidat du Front commun pour le Congo (FCC), plateforme électorale du président de la République en fonction ;
  7. Le financement progressif du processus électoral par le Gouvernement congolais ;
  8. Le début d’affichage des listes électorales provisoires.

INQUIETUDES

  1. L’existence d’environ 6 millions d’électeurs enregistrés dans le fichier électoral sans empreintes digitales, ledit enregistrement étant biométrique ;
  2. La détermination de la CENI à utiliser la machine à voter malgré l’absence d’un consensus des parties prenantes ;
  3. La tension croissante du climat socio-politique:
  • faible mise en œuvre des mesures de décrispation de l’espace politique (cas emblématiques: prisonniers et exilés politiques);
  • les dénonciations par quelques parties prenantes de la manipulation de la CENl et des cours et tribunaux par le pouvoir en place ;
  • l’exclusion du processus électoral des quelques acteurs majeurs de l’opposition
  • les interdictions, les dispersions, les répressions des marches et manifestations publiques organisées par les partis et regroupements politiques de l’opposition et les mouvements citoyens ;
  • la confiscation des médias publics au profit du pouvoir en place ;
  1. La persistance de l’insécurité, notamment à l’Est de la République Démocratique du Congo ;
  2. Le retard d’inviter les missions internationales d’observation électorale. Pour gagner en transparence et en crédibilité, l’élection requiert le regard de tous ;
  3. L’éventualité de rejeter des élections biaisées par beaucoup de congolais et par la communauté internationale.

RECOMMANDATIONS

La CENCO recommande à la SADEC d’accompagner le peuple congolais et le processus électoral particulièrement sur les points suivants :

  1. Que Son Excellence Monsieur le Président de la Zambie et Chairman de la Troïka de la SADEC sur la Politique, la Sécurité et la Défense, puisse peser de tout son poids pour convaincre le Gouvernement congolais à parachever la mise en œuvre des mesures de décrispation politique selon l’Accord de la Saint-sylvestre et pour la tenue d’élections inclusives et apaisées ;
  2. Impliquer les parties prenantes à trouver le consensus sur ta machine à voter/ou à recourir aux bulletins papiers, le cas échéant, comme c’est prévu dans les lignes 38, 39 et 40 du calendrier électoral ;
  3. Appeler la CENI à la clarification des cas des personnes enregistrées dans le fichier électoral sans empreintes digitales ;
  4. Appuyer l’accréditation des Observateurs électoraux tant nationaux qu’internationaux : du 08 novembre 2018 au 10 décembre 2019 (Ligne 42 du calendrier électoral);
  5. Appeler la CENl à faire connaître à la Monusco et aux partenaires de la République Démocratique du Congo les besoins logistiques pour contribuer au déploiement des kits électoraux sur terrain ;
  6. Appeler toutes les parties prenantes à la tenue effective d’élections crédibles, transparentes, inclusives et apaisées, le 23 décembre 2018.

CONCLUSION

Si les questions soulevées ci-dessus ne trouvent pas des bonnes réponses, nous risquons, soit de ne pas avoir les élections le 23 décembre 2018, soit avoir des élections biaisées. Dans l’un ou l’autre cas, faute d’élections crédibles, inclusives et apaisées, la République Démocratique du Congo risque de basculer dans la violence voire dans le chaos qui peut embraser toute la sous-région des grands-Lacs.

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