L’espoir d’une « fille-mère »

Elle s’appelle SIFA BISIMWA, une jeune fille, mère d’un enfant, âgée de 22 ans. C’est une fille qui vit chez elle avec son enfant et communément appelée « fille-mère », habitant du village Lugendo centre dans le groupement de Lugendo, chefferie de Kabare dans le territoire de Kabare, province du Sud-Kivu. Elle fait la formation en coupe et couture avec d’autres au Foyer social de Lugendo centre.

Elle partage ses impressions avec joie lors de sa rencontre avec Fabien RUKIKO, ce 02 octobre 2018 :

« Je suis parmi les milliers de filles de Lugendo qui ont été engrossées et abandonnées pour porter l’appellation marginalisée et vulnérabilisée de ‘fille-mère’.

Après 5 ans des fiançailles, j’ai été engrossée et amenée chez les parents du responsable de la grossesse. Aussitôt arrivée, le garçon a pris fuite pour Goma et ses parents ont profité pour me maltraiter pour que je renonce à la paternité de mon enfant. Avec l’aide de Dieu, j’y suis restée jusqu’à ce que j’aie accouché mon fils, qui jusqu’à présent n’est même pas enregistré à l’Etat civil.

Six mois après accouchement, j’ai décidé de rentrer chez mes parents comme ‘enfant prodigue’ avec espoir d’être bien accueillie et encadrée après un calvaire passé chez ma belle-famille. C’était le seul lieu de mon dernier refuge. Ma famille m’a accueillie mais sans aucune assistance. Personne ne pouvait toucher à mon enfant, ‘funze’ (enfant issus d’une grossesse précoce et indésirée d’une fille et qui n’a pas de père) quel que soit là où je suis ou ce que je fais, ni dans sa propre famille ni dans ma propre famille également.

Avec désespoir je vivais à bras ouverts pour toute assistance de qui que soit car affectueusement je n’avais plus de famille et/ou avoir envie de vivre avec un esprit révoltant. Mon fils était mon seul consolateur et Dieu mon seul rempart.

Mystérieusement, après des enquêtes faites par la CDJP/Bukavu ; nous avons été retenues bénéficiaires des activités du projet SPR et j’ai choisi de faire la coupe et couture ; espérant trouver un soulagement déstressant.

Avec mon ‘fardeau’ au dos (enfant), je suivais mes formations et participais à toutes les activités avec l’appui des autres membres et des formateurs. A travers cette formation, nous suivons et échangeons entre nous sur d’autres thèmes entre autres l’éducation à la vie, le savoir-vivre, l’éducation sexuelle et hygiène corporelle,… Cela nous retransforme et nous revêtit d’une nouvelle robe. A certaines activités auxquelles nous bénéficions le frais de transport, je l’amenais droit à la maison, malgré moi. Cela a marqué les membres de ma famille. Ils se sont approchés de moi et intéressés plus sur mes activités et de de là où je passe la journée (formation). Ils ont de lors appris de ma formation et j’ai eu des encouragements de leurs parts, ayant vu en moi une personne plus importante et qui apporte (apportera) un appui, non seulement à moi et mon enfant, mais aussi à mes frères et sœurs après formation.

Mon enfant qui était ‘pomme de discorde’ devient connecteur appréciable de tous. Je ne pars plus avec lui à la formation. A mon départ, il est maintenant bien soigné par les membres de ma famille sous prétexte que je dois bien suivre et capitaliser cette formation. Je ne m’inquiète plus de rien.

Que peut-on dire de ce grand projet conciliateur? Pour moi, SPR est une dernière réponse avant le désespoir. »

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