Le calendrier électoral finalement publié : Un verre plein ou à moitié vide ?

La majorité du peuple congolais attendait impatiemment la publication du calendrier électoral.  A travers tout le pays, on a assisté  à des messages de réclamation, aux marches pacifiques parfois réprimées pour réclamer la publication du calendrier…  Tout le monde espère et croit qu’un processus électoral réussi peut promouvoir la démocratie et le développement.

Après plusieurs promesses de publier « incessamment le calendrier électoral » la CENI  l’a finalement fait en date du 5 novembre 2017. Les observateurs avisés auront constaté que la publication de ce calendrier est intervenue quelques jours après l’arrivée de Madame Nicky Hurley, ambassadrice des Etats Unis au près des Nations Unies qui a exigé que ce calendrier soit publié le plutôt possible pour éviter la guerre et les  viols à répétition en RDC.  Hasard ou nécessité ?  Sa publication a été diversement accueillie : certains l’ont acclamé, d’autres sont demeurés sceptiques, les uns par vocation et d’autres après analyse savamment fouillée de son contenu et de ses contraintes.

En effet, le commun des mortels se rappellera que la CENI a déjà publié deux autres calendriers qui n’avaient pas été appliqués : celui partiel de 2014 sur l’organisation des élections non organisées dans les cycles passés de 2006 et 2011 et celui de février 2015 dit global sur les élections présidentielles, législatives et locales, lesquelles devraient avoir lieu en décembre 2016.  Ce dernier calendrier était assorti de plusieurs contraintes adressées soit au gouvernement, soit à l’assemblée nationale, soit à la Monusco et autres partenaires techniques et financiers de la RDC. Le premier calendrier fût réfuté par la majorité de la classe politique au motif qu’il était trop partiel ; le deuxième a subi les mêmes critiques au motif qu’il était trop global avec les dates très rapprochées le rendant irréalisable. Avec toutes ces tergiversations de la classe politique congolaise, les élections n’ont eu lieu ni en 2015 encore moins en 2016. On a encaissé les arriérés électoraux des locales non organisées en 2006 bien que prévues par le calendrier de 2006 ; des provinciales non organisées en 2011 et 2016, des législatives nationales et Présidentielle non organisées en 2016.

Cette dernière élection prévue à deux tours a été réduite à un seul tour en 2011 et de zéro tour en 2016. Les résolutions du dialogue global et inclusif signé au centre interdiocésain de Kinshasa sous les bons offices de la CENCO sont piétinées par la même classe politique qui tente de rassurer l’opinion tant nationale qu’internationale sur l’organisation des élections respectant les termes de l’accord dit de la Saint Sylvestre. L’on se rappellera que l’article 4 point 2 dudit accord prévoit l’organisation des élections présidentielle, législatives et provinciales en une seule séquence au plus tard en décembre 2017. Une exception avait pourtant ouvert une brèche au cas où ce délai ne serait pas respecté : « toutefois, la CENI, le CNSA et le gouvernement peuvent unanimement préciser le temps nécessaire pour le parachèvement desdites élections ». Peut ont parachevé une chose qu’on n’a pas débuté ?

Mais parce qu’il s’agit de la publication du calendrier, retenons en quelques dates :

  • Dimanche 23 décembre 2018: élection présidentielle combinée aux élections législatives et provinciales
  • Mercredi 6 mars 2019: vote des Sénateurs
  • Lundi 18 mars 2019: Vote des gouverneurs et vice-gouverneurs
  • Dimanche 22 septembre 2019: élection des conseillers communaux, de secteurs et chefferies
  • Mercredi 4 décembre 2019: vote combiné des conseillers urbains, des bourgmestres et chefs des secteurs.
  • Samedi 25 janvier 2020: vote de maires et maires adjoints.

Comme celui du 12 février 2015, ce calendrier  est aussi accompagné des nombreuses contraintes regroupées en 3 parties : d’abord les contraintes légales liées au vote des lois essentielles dont  la loi électorale et celle sur la répartition de siège, ensuite les contraintes financières liées au plan de décaissement des fonds devant permettre la réalisation des toutes les opérations et enfin les contraintes logistiques liées au déploiement des matériels dans un pays où les infrastructures posent problème.

Au delà de ces contraintes avancées, la CENI a oublié d’autres contraintes majeures telles que l’absence de la volonté politique  qui risque de tout bloquer (blocage lié au plan de décaissement), l’absence des juridictions dans les nouvelles provinces pour traiter les contentieux électoraux, la modicité du budget national, la présence des groupes armés et des poches d’insécurité qui bloquent les opérations électorales.

A part ces contraintes, ce calendrier soulève quelques inquiétudes de nature à ne pas rendre le processus transparent et crédible : la non accréditation des observateurs à long terme devant suivre toutes les opérations, l’enrôlement des congolais de l’étranger demeure un défis non négligeable. Il est prévu seulement dans 68 représentations diplomatiques.  Si on ne connait pas le nombre des congolais vivant réellement au pays, comment arrivera-t-on en si peu de temps à connaître ceux de l’étranger ?  Le miracle est congolais !  Le fichier électoral sera audité avant l’enrôlement des congolais de l’étranger, avec comme conséquence que ce fichier des congolais de l’étranger ne sera pas audité, et qu’il sera difficile aux observateurs nationaux et témoins  d’observer cette opération.  Les élections locales sont repoussées en 2019 et celles de maires des villes en 2020 alors que ces élections sont très importantes pour asseoir la gouvernance de proximité à partir de nos chefferies, secteurs, communes et villes.  Jusqu’ici nous n’avons que de maires, bourgmestres, et chefs de secteurs nommés et non contrôlés par les représentants du peuple.  La répression farouche des manifestations publiques pacifiques interroge plus d’un…

Un mois après la publication du calendrier électoral, les retards renforcent les contraintes : le gouvernement qui devait déposer le projet de loi de finance (budget) et loi électorale ne l’a fait que le 20 novembre 2017 à 25 jours de la clôture de la session de septembre alors que cette opération devrait se faire au moins au 15 jours avant l’ouverture de la session ouverte le 15 septembre 2017.  Ainsi la loi électorale qui selon la CENI, devrait être votée le 30 novembre ne l’a pas  été.   Elle a été envoyée à la commission politique et administrative de l’Assemblée Nationale pour des enrichissements éventuels après un débat général sur sa recevabilité.  Le budget proposé par le gouvernement est de 5 milliards.  500 millions sont prévus pour la CENI en 2018 alors que cette dernière réclame au gouvernement 1,5 milliards de dollars pour tout le processus. La classe politique est divisée ; une frange de l’opposition exige la transition sans le Président de la République actuel, l’autre rejette les reformes de la loi électorale et l’utilisation de la machine à voter. Entre temps, le peuple congolais souffre, la famine, les violences de tout genre, la pauvreté, la difficulté d’accéder à la justice, à l’éducation, aux soins de santé primaire, l’insécurité, l’escroquerie des banques et coopératives d’épargne et de crédit, la détérioration des infrastructures et par endroit ces dernières sont quasi existantes, etc.  Le social est pris en otages par ces querelles autour du processus électoral et les malins se remplissent les poches avant qu’il ne soit trop tard.

Il faut saluer la publication de ce calendrier et Flash pense qu’au lieu d’aller dans les rues en ordre dispersé sans cibles et vision, il faut se l’approprier.  C’est notre boussole et il faut désormais un suivi minutieux jour pour jour pour qu’il soit réalisé et identifier les acteurs d’un éventuel blocage et les interpeller avec vigueur.  Ceux ou celles qui ne veulent pas des élections trouveront des stratégies pour énerver les gens et les textes pour déclencher des troubles qui mettraient à haut risque la tenue des élections.  Il faut rester lucide et éviter des actions épidémiques qui favoriseraient les ennemies de la démocratie.  Le Congo est notre Patrie.

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Nous n’avons qu’une patrie et nous ne voulons pas une autre.  Opposition, majorité ; montrez des signes réels d’une volonté d’aller au changement par les élections.  Vos agissements frisent la trahison et on dirait que la non tenue des élections vous arrange tous.  Le seul perdant c’est le peuple abusé et livré aux pillages de ses ressources.   Société civile : fuyons les distractions et les manipulations qui nous divisent à cause des intérêts.  A qui profite un Congo non démocratique et aux troubles presque endémiques et peut-être entretenues ?   Les élections d’abord et le reste…  On verra…

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