La rue ou l’urne? Le dilemme de l’avènement de la démocratie en Afrique

Le chemin vers la démocratie en Afrique semble, par endroit, offrir au monde un spectacle désolant : un peu partout, des expériences plutôt bâclées. On dirait que la démocratie n’est pas faite pour l’Afrique et les africains. Devant une mentalité féodale fortement tolérée, permise ou même imposée dans certaines sociétés africaines, on vient à se poser la question si on naît chef ou on le devient. Bien plus, si on a le droit de lâcher le pouvoir une fois qu’on l’a.  D’ailleurs qui oserait organiser des élections pour les perdre ?  Il deviendrait la risée de tout le monde et un mauvais élève pour reprendre une idée malheureusement partagée par certains auditoirs. Dans plusieurs cultures, on est chef à vie ; et le pouvoir se transmet de génération en génération. La logique électorale n’existe pas, car on sait d’avance à qui revient le pouvoir.  Est-ce un exploit ou un échec ?

Dans ce contexte, le processus démocratique, avec des élections régulières comme chemin obligé pour conquérir le pouvoir devient, selon certains, un caillou mortel pour  disperser les peuples, disloquer et briser leurs harmonies culturelles, sociales…   Il suffit qu’on dise qu’il y aura élection dans tel ou tel pays pour que les gens commencent à se préparer au nombre des cadavres à ramasser victimes de la répression ou alors fanatiques de tel ou tel qui refusent d’accepter le verdict des urnes et s’enrôlent dans des mouvements insurrectionnels.   Quand on fait le décompte de ces victimes de la démocratie en Afrique, il n’en manque pas qui regrette le vieux beau temps où nos ancêtres, guidés par leurs us et coutumes, se passaient le pouvoir de père en fils, et où chacun savait attendre patiemment que le jour où bon Dieu lui   décernera ledit pouvoir par la mort de son prédécesseur.

Mais, les temps ont changé, et on devrait changer avec. La démocratie, à l’occidentale, se présente comme le mode civilisé de gestion de la chose publique. D’un côté ceux qui dirigent, de l’autre ceux qui attendent ou aspirent à diriger ; et parfois entre les deux, une société civile  qui devrait arbitrer le jeu mais aux ambitions parfois ambiguës. En Afrique, malgré des oppositions naissantes souvent sans cohésion interne ni intérêts communs, qui sont la plupart des fois réprimées, le peuple se trouve balloté entre ceux qui ont le pouvoir et veulent le conserver à tout prix, toutes les intrigues étant permises, et ceux qui veulent l’avoir mais en ordre dispersé.

Malheureusement, même la société civile qui devrait jouer au contre-poids est souvent sans impact réel  parfois prête à des compromissions car comme une pêche à la ligne, on cueille ses meilleurs éléments pour la cause du pouvoir…. On a ainsi parfois des gens qui, le matin, sont opposants, à midi sont du côté du pouvoir, le soir ils redeviennent indépendants, etc. pour retomber quelques semaines après, le nez égratigné, dans la société civile. Des transfuges éternels, sans position et sans véritable ambition. Et même ceux qui exigent que le pouvoir rende compte, ils sont incapables d’organiser les primaires dans leurs propres camps préférant transmettre le pouvoir de père en fils tout en chantant démocratie avec alternance. Et malheureusement les jeunes honorables ont copié ce modèle préférant s’entourer de leurs frères quant ce ne sont pas leurs propres épouses comme suppléantes ou attachés de bureau.  Qui donnera leçon à qui ?

Devant une telle confusion, dans plusieurs pays, on a souvent sollicité l’Église pour organiser des conférences dites souveraines, des dialogues nationaux,  des tables rondes,  des accords….

De bonne foi, elle a cru avoir affaire à des hommes  et des femmes qui veulent le changement et le bien de leurs  peuples, mais on s’est vite rendu compte que les auditoires étaient plutôt pleins des politiciens commerçants,  commissionnaires gyrovagues,   assoiffés de leur propre émergence et sans le moindre souci pour le peuple. Certains ont même fabriqué des rébellions pour être leaders des villages décimés au nom desquels ils prétendent parler. L’église est donc parfois tombée dans un piège et tout le monde veut l’instrumentaliser.  Si elle dénonce, elle est de mèche avec l’oppression, si elle se tait, on dit qu’elle mange avec le pouvoir. Est-il possible d’être l’Eglise au milieu du village ? En principe oui  mais quelqu’un a dit que le lien du sang est plus fort que l’eau du baptême.  D’où ces politiciens qui se promènent avec des chapelets au cou et des bibles à la main mais prêt à tuer au nom de leurs clans ou tribus. C’est le véritable contre témoignage.

Alors il ne reste que la rue pour exprimer le ras-le-baule ; et celle-là aucune armée dans le monde ne la gagne facilement. Mais jusqu’à quand la rue s’imposera-t-elle comme la solution de la démocratie ? Pourquoi les dirigeants africains ne veulent – ils pas tirer les leçons de ce qui arrive à leurs prédécesseurs ou  homologues ? Que   gagnent-ils à se cramponner   au   pouvoir   en détruisant le peu qu’ils peuvent avoir construit ?  Evidemment on s’accroche et on se cramponne car on a peur de perdre  ce qu’on a gagné de façon probablement douteuse ou alors de finir le reste de son temps à gratter sa barbe dans une prison. Et les acolytes autour du chef manquent le courage de dire la « bonne parole » car on oublie vite que le temps est plus grand que l’espace qu’on pense maitriser.

Il est temps que les urnes retrouvent leur place dans les démocraties africaines ; afin que le peuple, ce souverain primaire, retrouve pleinement son pouvoir et l’attribue à qui il veut selon les règles qui favorisent l’alternance, car nul n’est né pour uniquement diriger et nul pour uniquement être gouverné. Même dans l’esclave d’aujourd’hui, il y a peut-être le roi de demain. Voilà pourquoi on éduque les jeunes car les futurs honorables et dirigeants sont au banc de l’école et ne devraient plus provenir des brousses ensanglantées ni dans les rues. Ce devoir de préparer l’avenir d’une patrie incombe à nous tous membres de la société civile ou cadres politiques. On ne le dira jamais assez : l’Afrique se bâtira par ses propres fils avec la bonne volonté de tous non les uns sans les autres ou contre les autres mais en mutualisant nos compétences et nos efforts pour le meilleur et non pour le pire.

La scène politique est comme une scène de théâtre : chacun doit savoir y jouer son rôle au bon moment et laisser la place aux autres !  Et cela avant qu’il ne soit trop tard…

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