Je pouvais être ta fille, ta sœur, ta belle-mère un jour ou même ta maman ! Pourquoi ai-je subie un tel sort ?

J’ai  6 ans. Je suis présentement aux soins à Panzi, j’habite la  localité de Mirhi à  Murhesa, secteur de Mashengo, province du Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo. Je ne détermine pas mon nom, car j’ai peur qu’il ne vienne encore me chercher. Ce  n’est  donc  pas une fiction ou roman que  je vous raconte. Je ne veux pas qu’on banalise mon drame. Je ne veux pas qu’on ait pitié seulement en écoutant ce qui m’est arrivé! Je suis une personne humaine comme vous avec sa dignité et ayant  aussi un rêve de faire  ma vie, d’étudier, d’explorer  le monde, de faire  une famille, bref, de vivre.

Un monstre, permettez-moi de l’appeler ainsi, communément  connu sous le nom de  « Manu », âgé  de 23 ans, d′une  famille  voisine à la mienne m′a cruellement violé. C’était le mardi  25 décembre 2018 vers 10h pendant que mes parents et mes voisins étaient allés à la messe  de Noël. « Manu »  que je connais bien m′a appelé sous prétexte  de m’envoyer  payer  un savon pour lui mais non loin de notre maison.

De retour  il m′a enfermé dans sa maison  et a abusé de moi. Ayant  compris  que le pire aller m’arriver quand je l′ai vu se déshabiller devant moi  et commencer à m’arracher mes habits, j’ai alors hurlé mais en vain. Mais combien d’oreilles faut-il aux mortels pour qu’ils entendent le cri des autres ? Il  m′a  mis les étoffes dans la bouche  ayant liés mes mains et mes pieds. J’ai vu le monde  s’écrouler devant moi! J′ai senti la douleur d’être seule et le silence du monde entier dans cette petite cellule de « Manu ». Impossible de vous raconter exactement la douleur  que  je porte quand je regarde « un homme ».

Un homme âgé de 23 ans s’en prendre à une enfant de 6 ans ? Etait-ce pour un plaisir sexuel? Il a voulu tuer et il l’a fait sans rien payer, sans honte ni remord, sans état d’âme! Et pourtant ces monstres là sont nombreux dans nos villages.

Trois jours plus tard, j’ai été conduite au bureau d’écoute de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Murhesa. Ma mère  m′a dit  que seul à cet endroit, je pouvais trouver une personne pour m’aider, rencontrer un nouveau regard, espérer  voir la lumière en me prodiguant les premiers secours. Que Dieu bénisse à jamais  l’assistante psycho sociale que j’ai  rencontré ce jour là et qui tout de suite a appelé  la sœur de la CDJP qui nous a facilité d’arriver à Panzi pour une prise en charge  médicale plus appropriée. J’espère que je guérirai un jour et que, Dieu aidant, je recouvrirai  ma dignité humaine mais à quel prix ? Je me rappelle avoir dit que « Manu soit mis à mort » et  même si le monde qui est méchant ne m’aide pas à recouvrer ma juste réparation,  je pardonne  mais je me demande si j’oublierai un jour!  On m’a dit que « Manu » a été arrêté et transmis devant les juridictions compétentes à Kavumu. De grâce, veillez m’aider à savoir si on l′a réellement jugé ou si par malheur on ne l’a pas fait évader.

Et curieusement les autres enfants comme moi fêtaient Noël et d’autres adultes étaient dans la joie  d’accueillir notre Prix Nobel ce jour là. Je répète: je pouvais être ta fille, ta sœur, ta belle-mère un jour et même ta maman mais voilà ce qu’on a fait de moi! La barbarie de « Manu » me déchire  le cœur mais aussi  ton silence est coupable car tu vois mais tu ne dis rien, tu peux  mais tu ne fais rien pour arrêter ces criminels qui sillonnent nos rues et nos villages à la recherche de la prochaine victime. Meilleurs vœux!Top of Form

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