Extension de la ville de Bukavu : impératif absolu pour sauver des vies humaines.

Oh Bukavu, la belle ! Jolie ville au climat doux   avec    ses doigts dans le lac et ses collines qui autrefois arrosaient de fraicheur toutes ses artères. Tout était organisé avec des quartiers résidentiel, industriel et même « dortoir » pour ceux ou celles qui ne pouvaient pas rivaliser en moyens avec les évalués et leurs chefs. Certains disent qu’il y avait même les lampes sous le goudron de route qui éclairaient les passants et des poteaux électriques partout. Par endroits, on pouvait se promener nuit et jour en châtiant calmement au coin de la rue sa petite bouteille ! Oh la belle ! Les écoles étaient très remarquables à cause de leur propreté ainsi que leurs élèves qui faisaient la fierté des parents et suscitaient la jalousie des passants. Il y avait l’essentiel dans les magasins et certains disent qu’on pouvait se payer même sa petite voiture neuve localement et être assuré des garages qui en faisaient l’entretien. Les rues étaient propres et partout des arbres qui balayaient avec leurs branches un air frais et doux. Oh  la belle qui est devenue sans trop exagérer la « poubelle ».

Aucune injure ni moquerie mais on sait la réalité. Les places jadis réservées aux chevaux sont devenues des lieux résidentiels, les marais ont été morcelés sans état d’âme et les lieux impropres sont envahis par des nouveaux habitants sans culture de la ville qui se plaisent dans des quartiers sans eau, courant, rues bref sans services de base. Pire encore bientôt vingt ans même ceux ou celles qi n’avaient jamais rêvés vivre en ville en deviennent patrons à cause de leurs fusils, leurs dollars, leur malice bref une nouvelle bourgeoisie drainée par la vente illicite et illégale des minerais qui construisent des maisons sans normes urbanistiques même sur les égouts et les fosses sceptiques.

La pertinente question : qui est le responsable de tous ces désordres ? Ils se succèdent de père en fils à cause de leur argent, leur influence à appartenir à tel ou tel parti politique. Sont-ils nommés ou choisis, votés ou  cooptés ? Allez dans les archives et vous trouverez que ce fléau est peut-être voulu et peut-être même planifié. Peut-être qu’il y a probablement un manque d’éducation et de culture urbaine. Les marchés sont partout, plus d’espaces réservés, les rues ont disparu et plus rien ne suffit. Une ville planifiée pour 180.000 habitants, aujourd’hui on se trouve à presque deux millions. D’ailleurs qui a le chiffre exact ? La belle est devenue une cité dortoir régie  parfois et par moment par des enfants de la rue et des inconscients parfois armés qui au lieu de régler la circulation provoquent le désordre  et les embouteillages dont ils se nourrissent. Tout le monde se bouscule sur le trottoir : charrettes, marchands ambulants, motos, vélos, camions, piétons …c’est même un miracle si les gens ne succombent pas à ce spectacle. Le calvaire est pour ceux qui doivent accompagner les malades à l’hôpital. Tout est parfois bouché et qui sait combien sont déjà morts en cours de route ?

Quand la saison de pluie approche, tout le monde tremble car la nature se fâche et réclame ses espaces ravies à cause des constructions anarchiques qui mettent en danger des quartiers entiers. Tout le monde crie et réclame protection mais trop tard. On compte des morts et encore car certains finissent dans le lac ni vus ni connus sans sépulture. Les plus « malheureux » finissent dans les ventres des petits poissons qui s’en régalent. Et  quand la saison sèche approche comme  maintenant c’est la panique. Des incendies en cascade qui rasent des quartiers avec des connexions électriques calamiteuses et une proximité des maisons qui ne permettent aucune évacuation. Et comme tout le monde utilise les braises qui fauchent l’environnement, alors là tout le monde est servie avec des fumées qui  étouffent et alimentent l’irréparable. La poussière arrose toute la ville d’un nuage cadavérique et cela n’empêche pas les vendeurs d’exposer fruits, légumes et articles divers sur les chaussés. Un réel  miracle qu’on en survive

Doit-on continuer à s’agglutiner  en ville et à quel prix ? L’Etat a-t-il encore des places pour relocaliser les gens ? Ceux-ci peuvent-ils accepter de quitter la ville pour un nouvel aménagement ? A-t-on une force politique coercitive qui peut exiger cela ? Ou alors a-t-on peur d’être impopulaires et de subir des motions meurtrières qui coupent tout sommeil et éjectent même les plus vigoureux ? Que faire ? Laisser faire, abdiquer ou alors prendre le risque d’être un leader transformationnel avec  charisme, vision, inspiration originale pour éviter le statuquo et conduire les gens vers les nouveaux horizons. Un matin on se réveillera plusieurs quartiers sont sous les eaux si on ne parvient pas à prendre des décisions courageuses. Les plans de  relocalisation de la ville existent semble-t-il mais que font-ils dans les tiroirs ? Et les chefs d’avenues, des quartiers ou les bourgmestres qui ont saucissonné les lieux impropres à la construction, de quelle peine sont-ils frappés ? L’impunité n’est-elle pas à la source de tous ces désordres ?

Bukavu la belle est jolie et peut le rester mais à un prix : avoir le courage de quitter les habitudes criminelles, abandonner les lieux impropres, relocaliser les services de base, dégager ceux qui risquent de mourir à cause de leur turpitude, réorganiser la cité et la vie de ses habitants… Sommes-nous prêts ? Plusieurs vendent leurs parcelles, leurs champs au village pour venir habiter en ville mais où ? Dites-leurs que les cimetières sont déjà même saturés et que ceux qui ne veulent pas changer de stratégie seront rapatriés chez eux dans des cercueils. Ils y reviennent comme des tristes inconnus même morts.

C’est triste mais la réalité est  sous nos yeux !

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