Est-il vrai que quand la politique entre par la grande porte, la justice sort par la petite fenêtre ?

La population congolaise suit de très près le procès qui se passe au tribunal de grande instance de la Gombe qui a ouvert les audiences le 11 mai 2020. Tout le monde en parle soit pour encourager, condamner, critiquer selon qu’on est de telle ou telle chorale politique. Les « vieux » en politique se taisent et observent ne sachant pas à qui est réservé le prochain tour. En attendant, Flash partage aussi ses analyses.

En effet , cela fait de décennies que le peuple congolais n’a pas assisté à des procès impliquant de hautes personnalités de la République , des responsables nationaux des entreprises publiques et d’opérateurs économiques  de haut niveau.  Des affaires de détournements, de gabegie financière existent dans les tiroirs de la justice ; des organisations de défenses de droits de l’homme ont toujours dénoncé des suspicions de détournements des deniers publics mais ces dossiers n’attirent pas de poursuites escomptées  du pouvoir judiciaire qui en ont pourtant les moyens légaux.

 A une époque donnée, on déclarait que désormais toutes les portes de prisons étaient ouvertes pour accueillir des concitoyens qui se comporteraient en violant la loi et que la recréation était finie… Depuis lors de rapports comme celui qu’on a appelé « Luzolo BAMBI », le rapport dit « Lutundula » étaient sortis  mais le suivi fait désert.

 Qui ignore que nos minerais enrichissent les grandes multinationales, construisent dans les pays étrangers de belles routes, d’industries et de voitures électriques, servent à la fabrication de téléphones et d’ordinateurs portables de dernier cri alors qu’ils sont  extraits dans les zones de notre pays où les communautés sont très pauvres, privées d’eau , d’électricité, de routes, d’éducation, de santé , au vu et au su  de grands notables politiques ressortissants du coins, ou ceux-là même qui signent des contrats au nom de la République.

On dit que le pays est riche mais comment expliquer qu’on le compare toujours à un paradis dans lequel les saints meurent de faim et de soif ? Peut-on espérer que le procès actuel  sera suivi d’autres pour vider ces cas de détournement qui ont saigné à blanc les caisses de l’Etat au détriment des médecins, infirmiers , enseignants, militaires et policiers qui sacrifient leur vies pour la cause de leurs compatriotes ? Comment comprendre que depuis l’indépendance jusqu’à ces jours, on entre en politique sans immeubles, sans comptes bancaires mais à quelques mois aux affaires, on compte des millions en banques, des immeubles dans presque toutes les villes et parfois en campagne, des hôtels, de concessions minières, pétrolières, de fermes, de vastes domaines etc .Il y a un problème et exiger le changement devient un impératif  salué par tout le monde si on veut réellement gouverner autrement.

D’aucuns à ces jours estiment que le procès actuel au sujet des détournements présumés des fonds affectés aux travaux dits de 100jrs inaugure une ère nouvelle, un début de  la saga judiciaire qui s’inscrit dans la lutte contre la corruption. Tout compte fait, il y a lieu de féliciter la justice congolaise qui semble réveillée  car longtemps endormie sur ses lauriers.

Ce dossier enrôlé sous RP 26.931 a débuté le 11 mai 2020 et devra se poursuivre le 25 mai 2020. Déjà dans l’opinion,  certains crient à un acharnement politique, d’autres à un procès à deux vitesses car beaucoup des personnes impliquées dans l’exécution desdits travaux se promènent aisément, d’autres se la coulent douce tranquillement dans les maisons huppées et climatisées de Kinshasa. Si réellement dans une équipe de plus de 12 joueurs un seul élément réussit à faire perdre le trophée par ses passes maladroites ou ses arrêts non professionnels, il faut vraiment que le staff technique exige des explications et que les autres joueurs en tirent les conséquences en changeant des vareuses ou des crampons. Et que dire du rôle des conseillers techniques de l’équipe ? Ont-ils été attentifs à analyser le jeu, le terrain, la météo pour se réveiller quand seulement les supporteurs commencent à jeter les bouteilles en plastique ou exigent des changements radicaux ?

 A qui aura profité une équipe désordonnée et qui probablement passera de série A, en B ou C ? Pour l’instant,  le premier procès concerne le détournement de deniers publics dans le chef de celui qui fut le Directeur de Cabinet du Président de la République, du patron de sociétés SAMIBO et HUSMAL SARL. Les deux seraient  été impliqués dans le détournement des deniers publics affectés à l’achat et érection de 1500 maisons préfabriquées pour 5 provinces  de la RDC (Kinshasa, Kongo centrale, Kasaï Orientale, Kasaï et Sud Kivu) .

On parle d’abord d’une somme de 48.831.148$ USD(quarante millions huit cent trente un mille cent quarante-huit dollars, ensuite d’une  somme de 2.317.500$USD (deux millions trois cent dix-sept mille cinq cent dollars) pour l’achat et l’érection de 3 000 maisons préfabriquées pour les policiers et militaire de Kinshasa et d’une somme de 1.100.000$USD (un million cent mille dollars américains) pour le dédouanement de ces maisons préfabriquées affectées au logement sociaux. Ce procès aux allures pédagogiques aurait l’avantage de nous éclairer sur la trajectoire réelle d’évasion de cet argent. Venaient-ils avec des brouettes, de taxi, des sacs et combien des tours ont-ils fait pour trimballer de si grosses sommes d’argent ?

Tout  en encourageant notre justice d’aller jusqu’au bout, il  y a lieu de noter qu’il a été décrié d’autres détournements qui ne semblent pas pour l’instant préoccuper la partie poursuivante. Il s’agit,  dans ce même programme,  de ce qui concerne l’achat de médicaments pour lesquels la République avait débloqué 10 million de dollars, des travaux de construction de sauts de moutons, l’appui à la gratuité de l’enseignement  et à l’atteinte de leur deuxième palier, la somme d’1 millions accordée à la SNEL Sud Kivu pour renforcer la desserte en électricité ,  la réhabilitation de la route Burhale-Shabunda, Miti- Bunyakiri et Bukavu –Goma en passant par la construction du pont dit « chez les Français ».. Il faudra avoir le courage d’éventrer le Boa. L’opinion s’interroge également sur la non implication de  la Cour des Comptes pour s’enquérir de cette situation en analysant la validité ou non des contrats conclus dans le cadre de ce programme et dont la plupart seraient conclus par les ministres sortant ou dont les processus étaient déclenchés par eux.

La Cour de comptes est une juridiction spéciale qui sanctionne les fautes de gestion et qui peut également déferrer les présumés fautifs vers des juridictions de droit commun. Comme présentement il n’ y a pas encore de gagnant ni de perdant, notre souci est de voir notre justice jouer pleinement son travail en réprimant ceux qui peuvent l’être, en acquittant ceux qui le peuvent et surtout en offrant au peuple congolais et au prévenu toutes les garanties liées à un procès équitable

Ceux qui fêtent déjà pour une condamnation non encore intervenue qui toucherait les alliés d’hier et d’aujourd’hui ou ceux qui veulent paralyser le bon fonctionnement de la République (par ce que les leurs se voient déjà condamnés d’avance ou sont dans le collimateur de la justice),  devraient garder leur mal en patience.

Il faut exorciser  avec de l’eau très chaude les sirènes de ceux et celles qui croient que le procès va leur offrir l’occasion de creuser le clivage Est- Ouest , Nord-Sud dans lequel personne ne sort gagnant, pire encore, rallumer les lampes de la balkanisation de notre beau et cher pays. Cette Patrie est la nôtre avec nos diversités et nos divergences mais  avec une seule vision de la bâtir ensemble, les uns avec les autres et non pas les uns contre ou sans les autres. Les habitants de l’Est de ce pays connaissent le prix de la paix et les conséquences des affres de la guerre.

Autant la République doit retrouver ses millions détournés, autant les victimes d’autant d’atrocités commises dans nos villes et villages doivent retrouver réparation à la suite de procès de ce même genre. Nul n’est au-dessus de la loi.

Que la force demeure à la loi et non à la politique. Le peuple ne souhaite plus entendre dire « quand la politique entre par la porte, le droit s’enfuit par la  petite fenêtre ».  La Justice élève une nation. Une justice sélective, à géométrie variable,  une justice des vainqueurs ne saurait pas répondre à ce besoin.

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