« Enlevez vos genoux de nos cous », « Je ne peux pas respirer »

8 minutes et 46 secondes, le policier Derck Chauvin, devenu tristement célèbre avec sa « couleur blanche », est resté agenouillé sur le cou de Georges Floyd jusqu’à l’étouffer alors qu’il suppliait son bourreau en lui disant « je ne peux pas respirer ». Combien d’oreilles faut-il à un mortel pour qu’il entende le cri de son frère ou sa sœur en humanité ? Oui, « seuls les yeux qui ont vu peuvent pleurer », disait Mgr Christophe Munzihirwa lui aussi lâchement assassiné pour taire sa voix qui prêchait la paix et la réconciliation des peuples dans cette sous-région des Grand-Lacs.

C’est durant l’éloge funèbre du Révérend Al Sharpton, figure du mouvement de défense des droits civiques, que lui aussi a interpellé les autorités des Etats-Unis et même du monde entier en criant haut et fort « Enlevez vos genoux de nos cous » car, disait-il, « ce qui est arrivé à Floyd arrive tous les jours dans ce pays, dans les secteurs de l’éducation, des services de santé et dans tous les aspects de la vie américaine ». La pandémie de racisme et de discrimination est fortement enracinée, semble-t-il dans la culture américaine et Flash se joint à toutes les voix du monde entier pour condamner ce fléau car le silence des bons est autant coupable que les barbaries des bourreaux qui se plaisent à maintenir les têtes des autres sous l’eau à cause de la couleur de leur peau, à cause de leurs convictions politiques ou religieuses. Au nom d’une certaine arrogance érigée en système, certains s’arrogent le monopole de la violence et peuvent destituer ou introniser qui ils veulent à condition qu’il garantisse leurs intérêts parfois au détriment des aspirations légitimes des populations locales. Il y a alors des personnes ou races des séries A ou B même C et D à cause de la couleur de leur peau. Et quand cela se passe dans les pays dits « démocratiques », on a honte et c’est peut-être même l’origine des frustrations qui engendrent des extrémismes de toutes sortes. Vouloir combattre le terrorisme ou exporter la démocratie avec cette stratégie, c’est souhaiter une chose et faire son contraire.

Le maire de Minneapolis s’est agenouillé en pleurs devant le cercueil de Floyd. Un geste digne d’un homme d’Etat mais qui devrait se traduire dans des lois concrètes qui interdisent et punissent sévèrement tous les discours et gestes racistes. Il faut de la volonté politique et un réel courage de revisiter les histoires de nos différents pays et dire « plus jamais ça ». La flambée de l’indignation, l’empire de l’émotion et de la colère planétaire observées partout dans le monde est le signe visible que les jeunes générations veulent bâtir leur avenir en sachant que seules les eaux nous séparent mais nous sommes tous habitants de la même planète, notre mère commune avec les mêmes droits et devoirs dans nos différentes communautés.

« Enlevez vos genoux de nos cous » devient une phrase prophétique et même charismatique qui s’adresse aux trafiquants des êtres humains, aux multinationales et gouvernements qui polluent la terre et détruisent l’environnement, aux mafieux qui exploitent illicitement les minerais en globalisant l’insécurité avec la vente des armes, aux systèmes politiques, économiques qui ne voient que leurs intérêts au détriment de la dignité de la personne humaine.

« Enlevez vos genoux de nos cous » s’adressent à toutes ces dictatures partout dans le monde sous toutes ses formes et qui entretiennent les violences faites à la femme et à l’enfant et manipulent nos identités religieuses et tribales pour pérenniser la pauvreté avec la multiplication des guerres qui endeuillent toute l’humanité.

« Enlevez vos genoux de nos », c’est finalement inviter tout le monde à mettre débout, à refuser de tolérer l’intolérable, à juger-voir-agir pour bâtir un monde où nos ancêtres aimeraient revenir, à mutualiser nos forces et nos savoirs pour exorciser les systèmes de tous les extrémismes basés sur le racisme.

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