Elle s’appelait “Société Civile du Sud-Kivu”

Oui, elle s’appelait…  Quand on parlait d’elle et que elle-même faisait parler d’elle, on voyait directement le bureau de Coordination qui coiffe les 10 composantes traditionnelles : femmes, jeunes, philanthropique, confessions religieuses, intérêts économiques, syndicats et corporation, droits humains, culturelle, scientifique, …  Chaque composante regroupait des organisations membres avec des mécanismes de coordination concertés et connus.

Chaque composante savait sa mission, son rôle et était représentée jusque dans les petits villages de notre Province.  Etre appelé membres de cette société civile du Sud-Kivu, on s’enorgueillissait !  Et la libération des cotisations ou autres mobilisations exigées étaient presque spontanée pour la faire vivre.  Le bureau était alors là pour canaliser, orienter, guider, raffermir, interpeller pour cheminer dans la même vision avec les mêmes objectifs, avec des activités bien définies aux indicateurs très clairs qui induisaient un changement réel au niveau qualitatif et même quantitatif.  O tempora, O mores !

En ce temps là, le bureau de Coordination n’était pas un job, ni un escalier, moins encore un ascenseur pour accéder rapidement aux avantages lucratifs, mais un réel apostolat au service de la société.  N’y accédait que celui qui avait fait le deuil de ses ambitions politiques, celui qui avait même accepté de verser une goûte de son sang ou de passer des heures dans des cellules climatisées aux odeurs pétrifiantes avec une chance de perdre une dent ou un œil.  On se rappellera le temps des rebellions et leurs aventuriers qui en garderont souvenir.  Certains sont morts et d’autres bien que vivants, probablement qu’ils ont honte de se regarder dans le miroir ayant perdu leur temps dans des entreprises criminelles et fratricides.

Depuis un temps, à tort ou à raison, les gens regardent les acteurs de la société civile du Sud-Kivu et hochent la tête.  Ils se demandent pourquoi et comment on en est arrivé si bas en devenant la risée de tout le monde.  Les aspirations du peuple sont méconnues, étouffées même au profit d’un alignement derrière des agendas personnels, même politiques.  Ceux ou celles qui ont eu du mal à s’embaucher quelque part à cause peut-être d’un C.V. douteux et peu convaincant se ruent alors dans la société civile et espèrent trouver là un job.  Ils papillonnent d’un atelier à un autre à la recherche des per-diem pour les aider à nouer les deux bouts du mois.  Et là on passe des compromissions en compromissions.  La stratégie est alors de se cacher derrière des chapelles confessionnelles ou tribales pour se défendre et forcer un vote malhonnête.

Pendant ce temps, les vraies aspirations du peuple sont le cadet de leur souci.  Des coopératives d’épargne et de crédit ont été fermées jetant dans la rue des familles entières qui ont vu leurs épargnes bouffées sans remord et sans aucune explication.  Ce sont des causes de l’insécurité galopante dans la cité et du chômage.  De l’eau salle coule des robinets entrainant des épidémies de cholera et de dysenterie même en ville ; des terrains des paisibles citoyens spoliés au profit de ceux qui ont des biceps et plus d’argent ; des infrastructures qui se dégradent à vue d’œil avec des petites pharmacies sans normes et qui vendent la mort ; des maisons de cinéma en paille en plein centre-ville qui véhiculent l’immoralité ;  des écoles privées ou publiques mal tenues et moins organisées et même des  universités qui jettent dans la cité des têtes inachevées ;  des engins roulants en délabrement qui survivent grâce aux « massages » faits aux policiers de roulage, etc..     Même les citrons, les légumes, les beignets sont importés de l’étranger sous la barbe de ceux ou celles qui doivent ouvrir nos routes de desserte agricole pour qu’on aille puiser dans nos greniers naturels !  Entretemps les taxateurs eux ne dorment pas du tout et un litre d’eau produit localement coûte plus cher qu’un litre d’essence qui provient des pays étrangers.  Tous nos élus se taisent sur ces questions et ne vous étonnez pas de les revoir encore postuler pour les prochaines législatives.

Pourquoi alors s’étonner que face à cette structure aux contours très dramatique surgissent des mouvements citoyens qui prétendent faire la différence ?  De bonne foi, ils envahissent les auditoires et remplissent les salles pour parler comme des nouveaux messies de ces questions d’actualité.  Certains de leurs animateurs sont braves, d’autres sont ambitieux et parfois imprudents, d’autres à la remorque de quelques sponsors  veulent se tailler un nom pour accéder aux salons ou aux micros des grandes radios…  Leurs intentions sont peut-être originellement très bonnes et leur courage est louable mais tiendront-ils eux-mêmes devant les billets verts ou des postes de pouvoir en échange de leur silence ?  Il faut une réelle coordination de toutes ces énergies qui peuvent produire un travail de qualité.

Il est urgent de convoquer une assemblée évaluative pour se regarder dans les yeux et se poser la question sur notre identité, notre mission surtout pendant cette période de tous les enjeux et de tous les dangers.  La période électorale exige des acteurs de la société civile un engagement réel pour éclairer leurs compatriotes afin que tout se passe dans le calme et la transparence.   Nous voulons des hommes et des femmes qu’il faut à la place qu’il faut pour hâter le développement de notre nation, pour éviter de se retrouver chaque fois à la queue dans tous les classements à l’échiquier mondial.

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