Et pourtant nous promettons chaque jour que nous bâtirons un Congo plus beau qu’avant.

Chaque jour, le matin et parfois le soir, nos offices s’ouvrent par l’hymne national dans lequel nous chatons à haute voix et promettons à nos ancêtres que « nous bâtirons un pays plus beau qu’avant dans la paix ». Mais chaque jour également, du matin au soir, ils sont nombreux ceux dont le seul travail est de planifier comment le détruire encore davantage afin d’en tirer le plus de profit égoïste. Malgré les richesses naturelles dont le créateur a si gracieusement doter le pays, et malgré le nombre impressionnant d’intellectuels de renommée internationale dont regorge le pays, la RD Congo continue à étonner…

En effet, depuis ce 19 février 2017, l’Assemblée nationale, la dernière institution légitime a, elle aussi, rejoint les autres : les députés nationaux élus en 2011 et investis le 19 février 2012 ont épuisé leur mandat constitutionnel de 5 ans. Pour rappel, le mandat du Président de la République est arrivé à terme depuis le 19 décembre 2016. Quant aux sénateurs, aux députés provinciaux et aux gouverneurs de Province, c’est depuis 2011 qu’ils consomment un bonus inexpliqué. Et apparemment nos honorables sont très à l’aise dans cette situation. Ils tolèrent et profitent de la glissade. Ne serait- il pas le temps de tenir les drapeaux un peu en berne et de regretter que nos si braves pères de l’indépendance soient morts pour rien ? Le congolais pourrait- il vraiment aujourd’hui dresser son front fièrement ?

Curieusement, on entend toujours de braves et éminents professeurs d’université soutenir que ce n’est pas grave, que même illégitime, on peut valablement continuer à gouverner car on garde une certaine légalité tirée soit des textes légaux soit des accords que les uns et les autres se taillent à leur mesure. Et ce genre de discours, curieusement, on l’entend dans tous les camps : oui, des leaders alimentaires qui n’ont pour vision que leur positionnement personnel, dictés par leur intérêt égoïste. Des messies incapables de régner !

Ils sont de plus en plus nombreux ces hommes et ces femmes qui prétendent parler et diriger au nom du peuple et pour le peuple et qui n’hésitent pas à avancer sans le peuple qu’ils prétendent gouverner. Pour les uns leur pouvoir est héréditaire, pour d’autres charismatique, pour d’autres encore légal à défaut d’être légitime pourvu qu’ils restent dans la course, car sans eux rien ne va, rien de bon ne peut se faire. Ils sont le centre de la vie publique. Ils peuvent être de la même famille biologique, de la même confession religieuse, du même village, etc. aucun ne veut se retirer de la scène au profit de l’autre, car chacun se croit le meilleur et irremplaçable. Et là, tous les coups sont permis pour s’assurer la place au soleil ! Et tous se disent chantres de la démocratie.

Ces genres de leaders, on les voit partout, même jusque dans les derniers villages. Chacun veut être président à vie de quelque chose : président des mutuelles tribales, président de telle ou telle chorale, des servants de messe, président des associations professionnelles, président des éleveurs de poules, président des chômeurs, présidents des bandits à mains armées, etc. Peu importe de quoi on est président pourvu qu’on soit appelé président. En tout cas, même la tradition africaine ne se retrouve pas dans ces types de calcul. Impossible de penser organisation ou remplacement tant que je suis vivant.

Les grands hommes qui ont marqué l’histoire ne l’ont pas été pour l’argent, pour la famille ou pour leur taille. C’est plutôt pour leur capacité à se sacrifier pour les autres, leur vision, leur droiture de vie, leur charisme de rassembler et de mobiliser. Voilà des hommes et des femmes utiles aujourd’hui pour les institutions politiques et de la société civile, et non ces leaders alimentaires au service de leurs propres ventres ; ces leaders manipulés et manipulables comme des jouets : des leaders inutiles, indignes et nuisibles ; des leaders qui déroutent au lieu d’indiquer la voie à suivre.

Soyez le premier parmi vos amis
  •  
  •  
  •   
  •   
  •  
  •