La corruption : une dangereuse gangrène qui risque d’ensevelir la RD Congo.

La RDC occupe la 156ème place sur les 177 pays dans le rapport sur la perception de la corruption dans le monde, publié mercredi 25 janvier par l’ONG Transparency International. Ce classement veut dire que la RDC est parmi les 20 pays les plus corrompus de la planète. Et là on ne parle pas seulement de la corruption administrative mais aussi de celle politique, tout aussi dangereuse que la première. Evidemment on parle des corrompus mais on ne parle jamais des corrupteurs qui peuvent être ici ou ailleurs !

Avec la corruption administrative, non seulement l’image du pays est ternie avec cette conséquence que les investisseurs auront tendance à ne pas venir, mais aussi que les caisses de l’Etat seront de plus en plus vides à mesure que se remplissent celles de ses mandataires. On ne s’étonnera donc pas de voir que le budget national au lieu d’augmenter pour répondre aux besoins publics est régulièrement rabattu, ce qui crée les inégalités sociales, amplifie le chômage, l’instabilité et la pauvreté. Les besoins les plus élémentaires des citoyens ne sont pas satisfaits alors que les puissants et les corrompus jouissent d’un mode de vie somptueux en toute impunité. Tout ce qui est social est le cadet de leur souci.

Et pourtant, le Président de la République s’est entouré d’un Conseiller spécial en charge de la lutte contre la corruption, et que dans plusieurs provinces dont le Sud Kivu, on a créé une commission antifraude qui finalement ne s’occupe que de la petite fraude, la petite corruption. Comme dans la fable de La Fontaine, on crie haro sur le baudet : on dramatise la peccadille pendant qu’on applaudit le gros crime. Il suffit qu’une pauvre maman, qui exerce le petit commerce transfrontalier, essaie de traverser avec un poulet sans le déclarer pour qu’elle subisse toute la rigueur des contrôleurs de douane. Mais combien de containers, parfois chargés de produits dangereux, entrent chaque semaine sans contrôle ni déclaration puisque leurs propriétaires savent et ont les moyens de fermer les yeux à ceux qui devraient activer les mécanismes de contrôle antifraude ? Il se pourrait même que les commerçants préfèrent décharger leurs marchandises aux périphéries de nos frontières sous-prétexte que là, la douane est moins chère. Qui est derrière un tel système et quel manque à gagner pour notre pays ?

Mais il y a également la corruption politique qui, de notre point de vue, est même plus dangereuse que la première. Comme le dit si bien le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise Catholique: « parmi les déformations du système démocratique, la corruption politique est une des plus graves, car elle trahit à la fois les principes de la morale et les normes de la justice sociale ; elle compromet le fonctionnement correct de l’Etat, en influant négativement sur les rapports entre les gouvernants et les gouvernés ; elle introduit une méfiance croissante à l’égard des institutions publiques en causant une désaffection progressive des citoyens vis-à-vis de la politique et de ses représentants, ce qui entraîne l’affaiblissement des institutions. La corruption déforme à la racine des institutions représentatives, car elle les utilise comme un terrain d’échange politique entre requêtes clientélistes et prestations des gouvernants. De la sorte, les choix politiques favorisent les objectifs restreints de ceux qui possèdent les moyens de les influencer et empêchent la réalisation du bien commun de tous les citoyens ». On se comporte comme des commissionnaires bafouant le bien commun et celui qui a l’argent commande majorité et opposition au gré de vague.

Si donc le vote d’un élu doit recevoir une autre motivation que son élection, si les dialogues et négociations tournent autour des avantages des élus, si le jeu électoral ne contribue qu’à servir les intérêts immédiats des politiciens professionnels, alors le jeu démocratique est complètement faussé. Or, les dialogues que le pays vient d’organiser ont permis de découvrir que notre système politique avec tous ses acteurs, de droite ou de gauche, ne fonctionne que grâce à la corruption vue comme manipulation des identités.
Comment toute une nation peut- elle vivre dans la corruption et la fraude sans que ses dirigeants ne s’en préoccupent ? C’est bien beau de créer des institutions, de voter des lois ou prendre des arrêtés, mais sans une réelle volonté de mettre fin au mal, tout cela ne sert à rien. Où sont passées les institutions de moralisation de la vie ? La famille, l’école et les églises sont les premières concernées. Quelles valeurs transmettent- elles aux enfants ? On raconte que même en maternelle ou en classe de catéchisme, les enfants savent ou pensent qu’il faut corrompre pour passer de classe. Pourrait-on descendre plus bas dans la déchéance morale ?

Evidemment, la morale n’est pas faite pour tout le monde : tout le monde n’est pas spontanément porté à en adopter les principes. Mais ailleurs, quand les principes d’éthique ne fonctionnent plus, les lois et les institutions publiques sont là pour recadrer les individus pernicieux ou les mettre hors d’état de nuire aux intérêts collectifs. Et chez nous, où sont les tribunaux ? Que font toutes les institutions qui ont été créées pour lutter contre la fraude et la corruption et qui alourdissent inutilement les dépenses publiques ? Pour quel service rendu à la nation reçoivent- ils leurs rémunérations ? Et quand on amasse des BMA (Biens mal acquis) et qu’on les place à l’étranger : qui en profite ? On donne du travail à des étrangers, on développe chez autrui mais à la fin l’accès à ces biens devient difficile et on meure en se grattant comme le dernier villageois du coin. Parfois les fils et les petits fils sont trainés devant les tribunaux pour des exploits malhonnêtes de leurs grands pères. Et certains ont peur de décliner leur vraie identité de peur d’être compté dans la généalogie des fossoyeurs des biens publics. Quelle malédiction ? Seigneur, prends pitié !

Il est temps que tout le monde se ressaisisse chacun à son niveau. La médiocrité et l’égoïsme ne profitent à personne dans la durée. Que ceux qui pensent tiré un quelconque profit du désordre actuel tire la leçon de leurs prédécesseurs. Que gardent- ils de toutes les richesses amassées sur le dos du peuple et contre l’Etat ? On ne saurait mieux protéger l’intérêt privé qu’en préservant l’intérêt général.

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